♦ Ecrits 

"Il existe une voie ici, fantastique, secrète et intime.

L'expression exalte les sens."

Marc Gutlerner

 

La poésie

La poésie c’est épouser la solitude à l’infini.
La poésie c’est s’émerveiller avant qu’on ait écrit.
La poésie c’est oublier ce qu’on a appris.
La poésie est cet ultime instant entre l’oubli et le présent.
La poésie est aussi ineffable que le mystère de la terre.
La poésie c’est surtout ce qui n’est pas dit.
C’est l’instant entre ce qui apparaît et disparaît.
La plupart sont endormis dans un confort incertain, où le bonheur est éteint.
La poésie c’est ne pas faire du temps un guet-apens.
La poésie est comme les histoires qu’on se racontait dans le noir
et qui sont vissées dans notre mémoire.
La poésie c’est ne plus subir l’hypocrisie.
La poésie c’est ce qui irradie et vient de nulle part.
La poésie c’est jubiler de notre grotesque condition.
La poésie c’est aimer sans comprendre et sans avoir de contes à rendre.
La poésie c’est oser regarder l’inutilité qui a le moi je comme alibi !
La poésie c’est comme dit Gainsbourg ; écrire des o et des a.
La poésie comme unique complice, le seul remède contre l’artifice.
Ma poésie n’intéresse personne ici quand je l’écris.
La poésie c’est vouloir bondir dans un monde de zombies.
La poésie c’est admettre qu’on ne possède rien ni personne.
La poésie c’est tout ce qu’on ne peut dire à autrui.
Tous ces mots qui embaument mes sens.



Porteuse d’étoiles
     Ses yeux mi sourire mi soupir
      Éclairent ma nuit. Cette nuit où souvent il fait jour et où il fait bon dormir.
      Une porteuse d’étoiles y veille sur mon sommeil.
      Elle y tisse une toile aux mille éclats.
      Et moi, je reste complètement béat.
     Ses feux brûlent dans la grange de ma vie.
     Ses cheveux ondulent le creux de mon lit.
     Ses yeux ouverts me font voir la lumière du couloir.
      La porteuse d’étoiles à moi se dévoile.
     Je reste là sur mon arc-en-ciel et je m’endors les yeux ouverts
      Pour mieux suivre les étoiles dans l’univers.

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Si je meurs demain . . . 
                                                                  je ne pourrai plus le dire à mes amis.
      Si je meurs demain, non, j’ai encore tant de choses à manger dans mon frigo.
      Si je meurs demain, je ne pourrai plus regarder Chaplin.
      Si je meurs demain, qui nourrira mon chat ?
      Si je meurs demain, le soleil se lèvera.
      Si je meurs demain, le vent soufflera.
      Si je meurs demain, je ne devrai plus laver mon linge.
      Si je meurs demain, je n’aurai plus le trac.
      Si je meurs demain, je n’irai plus jamais chez le dentiste.
      Si je meurs demain, je ne pourrai plus me voir vieillir.
      Si je meurs demain, je n’aurai plus besoin de manteau en hiver.
      Si je meurs demain, je n’irai plus chez le médecin.
      Si je meurs demain, je n’aurai plus d’érection.
      Si je meurs demain, plus personne ne m’attendra à la maison.
      Si je meurs demain, je ne pourrai plus divertir.
      Si je meurs demain, je ne pourrai plus me dire « Qu’est-ce que je fais aujourd’hui ? »
      Si je meurs demain, je ne pourrai plus méditer sur le sens de la vie.
      Si je meurs demain, je ne pourrai plus rêver des seins des filles.
      Si je meurs demain, qui le croira.
      Si je meurs demain, non, je viens de décrocher un beau rôle.
      Si je meurs demain, je n’aurai même pas eu le temps de ranger chez moi.
      Si je meurs demain, Adieu les spaghettis.
      Si je meurs demain, je n’irai plus me coucher, fatigué.
      Si je meurs demain, je ne saurai plus comment va le monde.
      Si je meurs demain, je n’aurai ni but ni projet.
      Si je meurs demain, ne sois pas triste.
      Si je meurs demain, ce n’est jamais vraiment.

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L’homme aux multiples tiroirs
      L’homme aux multiples tiroirs posséda une armoire.
      Cette armoire aussi était pleine de tiroirs.
        Dans ces tiroirs, des milliers de clés à ne pas s’y retrouver.
        L’homme avait la mémoire courte, et ne savait plus quelle était la bonne clé. Il vérifia les mille clés sans être soulagé.
        Ses tiroirs étaient ouverts ou fermés.

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 Depuis tout petit

Depuis tout petit, je n’ai jamais vraiment cru au monde des grands.

Comme si en moi, dedans, je sentais un soleil levant.

Tant mieux pour ma pomme, si je me sens pas que homme.

Des fois, je sens être l’air que je respire.

Aussi, dans un fauteuil assis, je deviens complètement ici.

Emmène-moi sur un rocher, là j’aurai toujours un grain.

Les sables n’ont pas besoin de nous pour se répandre.

Mon intelligence me va comme un gant et grâce à elle je ne suis plus dupe des grands.

Mon enfance ne frissonne plus et mes rêves d’antan sont encore plus grands.

Je n’ai ni trouvé, ni perdu.

Rien jamais ne nous appartient.

Le savoir pour s’asseoir dans le juste pli qu’est sa vie.

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◊ Comme à l’école

     Comme à l’école

     J’attends gaiement la récrée.

     Sauf qu’aujourd’hui c’est moi qui crée.

     Je ne cherche plus autrui pour me rassurer.

     J’ai plusieurs remèdes dans mon cartable, alors jouons cartes sur table.

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 Aucun mot

Aucun mot ne peut te retrouver.

Aucun mot ne peut te remplacer.

Aucun mot ne peut te décrire.

Aucun mot n'est assez beau pour te saluer.

Aucun mot ne sait te deviner.

Aucun mot n'existe . . . pour te rendre éternel.

 

Chaque syllabe est un murmure du coeur.

Chaque lettre est la compagne de la suivante.

Chaque mot a été dit.

Aucun n'est resté et tout a disparu.

Quel silence, l'écrit.

Les cris s'entendent.

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◊ Ce qui est dramatique.

Ce qui est dramatique.

Ce qu’on ne connaît pas, l’inconnu.

Ce qui est insurmontable.

La rupture.

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 Si c’était

Si c’était un orchestre il y aurait tous les instruments imaginables.

Si c’était une blague, elle serait tellement drôle que ça deviendrait insoutenable.

Si c’était un climat, ce serait une avalanche de rayons de soleil.

Si on devait les dessiner, toutes les couleurs du monde ne suffiraient pas.

On aurait besoin de papier aussi vaste que le ciel pour les situer.

Ils sont partout et nulle part, ils sont tout le monde et personne, mais ils sont uniques.

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◊ Tu es entrée chez moi.

Tu es entrée chez moi.

Jaillissante de vie tu m'apprends le violon.

Depuis à chaque rencontre je suis dans un cocon fait de rigueur de coton.

Tu as beau m'expliquer les bécarres et les dièses, je rêve de nous deux sur un même accord,

avec et sans le corps.

Tes yeux si ouverts me font voyager dans un océan d'éternité.

Femme vive.

Femme-fleuve.

Femme-fougue.

Que ton mystère se dévoile et que ta bouche contienne tous les trésors du monde.

Tel un volcan qui gronde et pourtant je ne suis qu'un atome dans ce monde.

Puisse le chemin naissant nous réunir et nous unir dans nos impossibles solitudes.

Que le désir rythme nos actes et que le pire soit fait avec tact.

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J'aimerais tant

J’aimerais tant rêver dans le même rêve que toi.

J’aimerais tant te sculpter dans une étoile.

J’aimerais tant que ton rire s’éternise.

J’aimerais tant m’abandonner à toi pour la postérité.

J’aimerais tant t’aimer comme aiment les enfants.

Une chose est certaine, ma rencontre avec toi est exceptionnelle.

J’aimerais tant t’enlacer même quand tu n’es pas là.

J’aimerais tant pouvoir me dire que c’est toi.

J’aimerais tant autant en emporte le vent avec toi.

J’aimerais tant te protéger des méchants.

J’aimerais tant t’épouser à chaque regard.

J’aimerais tant t’écrire des j’aimerais tant pendant mille ans.

J’aimerais tant que dans une semaine soit maintenant.

J’aimerais tant déjà savoir ou non si toi et moi … ???

J’aimerais tant t’écrire au présent car là c’est un peu le néant.

J’aimerais tant planer avec toi sur un goéland.

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Histoire, blague.
      Il y a un type qui lisait toute sa vie le même livre, il n’existait pas d’autre livre.
      Un jour il relisait la même page, encore et encore.
      Il lisait tellement fort qu’un fois un mot de la page l’a englouti ; et il a disparu.
      C’était mon ami, et je me demande bien entre quels mots il est.
     Je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles, pas une virgule, rien !
    (Développer les éléments suivants, telle « toute sa vie », des jours, des semaines, des mois, des années, des décennies, des siècles, des millénaires !)

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 Impressions

Il semble que tout donne l’impression d’avoir l’air.

L’air du temps qui fait et du temps qui se passe.

Il se passe tant, même si l’apparence se joue de mes sens.

Un non-sens, qui  encense mes sens, et la rime me captive pour ne pas frôler la dérive.

Les mots pansent [pensent] les maux, un tombé du haut rattrape souvent celui qui plane vers le bas.

Je tricote un pull en vers, quand je trinque plus au verre.

Ça a du très bon, de nager dans la marmite, chercher une poussière à la façon ermite.

On ne m’attend pas ce soir, il y a des bulles dans ma mémoire.

On peut faire ascèse, grand nombre . . . moi je fais tout seul.

Il me semble que tout est à faire.

Chaque instant danse d’éphémère à l’instant qui vient, ainsi revient chaque lendemain.

Suis toujours là, à adorer le bruit du rshrshsh avec le marqueur, pour ça il n’y a pas d’heure.

Toutes ces sensations dans ma marmite crépitent.

Donnez-moi une énorme cuiller, pour accueillir ce qui mijote depuis hier.

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◊ Le chanteur se veut enchanteur.

     Le chanteur se veut enchanteur.

     Il convainc comme un vendeur.

     Ça rime, rime avec frime.

     Au centre du monde on vient le guetter à la ronde.

     Sa poésie partout irradie.

     Le chanteur n’a pas peur.

     Les sons sont son labeur.

     Entre lui et la musique la liaison est rhétorique.

     D’un ton il refait le monde et chaque son dans sa bourse gronde.

     Chaque fait divers intrigue, tout est bon pour lancer des grains sur la digue.

     Le troubadour se suffit à lui-même et sa cour accourt, vive l’amour.

     Il y a aussi le musicien, qui n’a jamais de dédain.

     Celui qui compose et qui pose.

     Vous avez capté mon exposé ?

     Je vous expose mes doubles croches pour ce solo mono stéréo.

     Moi aussi j’aime chanter sous les toits.

     Toi toi moi moi sous les toits chabadabada.

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Je ne suis jamais seul

Je ne suis jamais seul.

J’ai la télé pour m’évader.

Pour communiquer,

le portable docile sur la table.

Pour avoir le cœur net,

je possède internet.

Quand je fatigue,

je promène mon ipod sur la digue.

Pour planer dans le ciel,

à mes amis un sacré courriel.

Quand j’ai le blues,

je visualise le flouze.

Je ne suis jamais seul,

avec mon ordinateur je n’ai jamais peur.

Mon monde est numérique,

dans mon écran j’ai toute l’Amérique.

Pour ma libido, il y a le porno.

Pour ma culture,

répondre aux questions de champion pour un con.

Plus jamais seul,

muni de mon GPS plus moyen de m’égarer .

Même désemparé je rejoins la cible désirée.

Zoom avant sur ma trajectoire.

Je suis téléguidé et mon code-barre alimente ma mémoire.

Le meilleur des mondes,

à voir sur les ondes ?

Pour ma soirée, un dîner micro-ondes.

Mon espace en fengshui organisé.

Et les astres au-dessus qui scintillent sur mon plasma.

Le bonheur est si grand.

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◊ Bientôt

Bientôt on fera un monde qu’avec des robots.

Ce serait trop beau.

Voyez toutes ces machines, qui ne courbent jamais l’échine.

Et les humains ne devront plus gérer

Une société de loisirs pour un minimum d’individus. 

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◊ Loin de mes amis

Loin de mes amis, je me repromène dans les sentiers du passé.

Le passé, où tous les petits rouages me mènent à aujourd’hui,

là où mon âge veille à chaque étage.

Qu’il est bon de ne pas faire étalage.

Qu’elle fait rêver, immaculée et disponible, qu’elle est blanche la page.

On me porte secours, avec les ailes de l’amour, j’y accours encore et toujours.

Sans faire de bruit, discret comme un secret, je me sépare à jamais du regret.

La plus grande part de moi veut tant de différents meilleurs, ici et ailleurs.

Qu’il est frais le regard nouveau que je porte sur les yeux du monde.

Comme il est temps d’éclore, endormi est tout remords.

Toujours curieux, attiré par le toujours mieux, il est Riche lieu, celui qui opère

dans une contrée de merveilles, celui où la mère veille.

Je rêve et réajuste les paramètres de mon imaginaire.

Loin de mes amis telle une poule je couve mes œufs.

Avec mes amis, je leur dirai comme je trouve ça heureux . . .

d’être et d’avoir un nouveau lieu.

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◊ Il suffit de peu

     Il suffit de peu pour réaliser beaucoup.

     Il suffit d’un peu de trop pour ne plus voir l’essentiel.

     Il suffit de s’oublier un peu pour percevoir l’autre.

     Il suffit d’un rien pour être bien.

     Il suffit de se dire que tout est pour le mieux pour souvent être heureux.

     S’il suffisait de se dire : « il suffit » ce serait un petit paradis.

     S’il suffisait d’imaginer une autre vie, il n’y aurait plus d’alibi.

     Il suffit des fois d’avoir atteint le seuil pour mieux grimper dans les hauteurs du bonheur.

     Il suffit de laisser aller et venir pour ne pas trop subir.

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◊ S’observer vivre

     S’observer vivre, il n’y a rien de tel.

     Ne plus rien chercher et le reste vient tout seul.

     Tout revient au même par moment. Souvent le meilleur quand on ne l’attend plus.

     Qu’on est content sans rien d’autre que le fait étonnant et mystérieux d’être là.

     Sur scène c’est la même chose qui se vit simplement sans forcer dans une « paisible vigilance ».

     Être habité de bonheur, mais comme un œil extérieur rieur, qui regarde et accompagne sûrement

     en allant de l’avant, comme dans le vent.

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◊ L’action

     L’action est le meilleur remède à la pensée.

     Une pensée sans mouvement est comme un marin sans navire.

     On n’est rien dans la vague sans horizon.

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◊ Vous pensez que c’est si simple

     Vous pensez que c’est si simple d’être là à ma place.

     Cette solitude incontournable, qui saisit celui qui s’expose ainsi.

     C’est comme quand on attend le bus et on se demande pourquoi on est là,

     quel est le sens de tout cela.

     Ou quand vous êtes à la piscine et que votre bonnet en latex n’est pas bien collé à votre tête,

     vous le réajustez et là aussi on se sent tellement inutile et ridicule.

     Qui que l’on puisse être on doit se nourrir et là aussi, quand vous achetez votre surgelé

     et que personne ne vous regarde.

     On fait tous comme si c’est normal et c’est ça qui ne va pas !

     C’est pour ça que je suis là, car c’est mon seul refuge dans ce monde et

     l’essentiel n’est jamais dit nulle part.

     Je vous souhaite un bon répit de tout.

     Pour être tranquille, il faut se laisser tranquille.

     Choisissez entre le bagne et la promenade.

     Je vais me balader un peu avec vous si vous le voulez bien dans une contrée colorée

     où il fait bon rêver.

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◊ On est à l’heure où tout peut se contrôler

On est à l’heure où tout peut se contrôler.

Entre réel et virtuel, un clic et on évite la claque.

Y a du zen partout :

sur le câble et autour de la table.

Avec mon zapping, je ping et pong et la route est longue.

Pour la libido, on peut vous aider avec le dernier DVD.

Alors dans ce système, qu’est-ce qu’on s’aime (sème).

Abruti devant ce paysage, on a peur de ne pas être à la page.

On nous calque des modèles.

On est à l’époque où tout le monde doit devenir star.

Si tu ne connais pas ton code-barre, vas-y, les vedettes t’attendent au bar.

Soyons naturels et belles, belles, belles comme le jour.

Du moment que ça lance de la thune dans la tirelire, et demain dans Gala tu peux te relire.

C’est aussi le monde des marques.

Pour les logos, suivez les zozos.

Pour les bobos, venez-en aux thérapies, celles qui ont tout dit, car tous les lisent.

Voici venu le monde de la performance, celui où on a renié son enfance.

Dans ce bas-monde fait de concurrence où tout a un prix, on cherche l’intense.

Et les individus avancent sur un tapis roulant qui jamais ne s’arrête.

Passez-moi la télécommande, que je débranche ce cauchemar…

On est à l’époque de réputation.

Plus de délation s’il y a fellation.

C’est le monde du tabou et du non-dit.

À chacun sa chapelle si la sécurité appelle.

On est à l’âge où l’on se dit que tout est inventé et devient blasé.

Et je ne parle pas de l’automobile, je n’en ai pas, alors serais-je débile ?

Chacun se sent le centre du monde et pourtant on n’est que poussière dans la ronde.

On est à l’instant car on en a encore le temps…

S’il venait à manquer, irait-on se réveiller…

Pour vivre et veiller sur cette mystérieuse destinée.

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◊ Aucun voyage

Aucun voyage ne vaut celui qui est intérieur.

En lui tout est inscrit et à travers lui.

Je plonge dans une émotion et m’y baigne.

Quelle sensation.

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 ◊ Quand je ne joue pas

Quand je ne joue pas, tout est possible autour de moi.

Par contre quand je joue tout est si clair quand on doit avoir l’air.

Jouer pour moi est le seul moyen de refuser ce monde lâche et imbécile.

C’est bien ancré dans mon enfance.

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◊ Avant de jouer

Avant de jouer, on ne peut qu’exister.

Amplifier cela, apporte aux autres un écho de ce qu’ils redoutent.

Jouons, comédiens pour créer des liens.

Que le rideau se lève sur cet horizon magique…

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 C’est bizarre tous ces gens

C’est bizarre tous ces gens il y en a tellement.

Projetés dans la roue du temps, chaque vie n’est qu’un coup de vent.

Pourtant à chaque instant, c’est le présent.

On ne peut rien arrêter, alors à quoi bon lutter ?

Au mieux s’abandonner pour le meilleur avenir.

La vie nous possède jusqu’au jour la place elle nous cède.

La plupart ont cousus des œillères pour nier hier.

Fuir aujourd’hui  en s’inventant un improbable avenir.

Ma vision je la garde pour moi et en moi je sculpte mon au-delà.

L’essentiel coule en moi et les sans ciel dans la pénombre se noient.

On est impuissant, toute intention épouse le néant.

Le temps d’une décision et déjà le monde ne tourne pas rond.

Arrive l’initiative et on la croit décisive.

Tout est imprévisible, alors vaut mieux être paisible.

Tout destin a un refrain.

Le couplet de la vie est le même pour tous.

On vit, on irradie et puis on s’unit . . .

et chacun ainsi est ici . . .

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 S’il n’y avait pas de soleil

     S’il n’y avait pas de soleil, y aurait pas de lumière et on ne saurait même pas qu’il y a la terre,

     car on l’aurait jamais vue.

     Plus difficile de faire la guerre car comment créer les armes dans le noir.

     Peut-être qu’on ne serait plus là, car comment séduire quand il n’y a plus rien à voir.

     Même s’il y avait des films, eux aussi seraient noirs.

     Mais il y a la lumière et les gens ont l’air de ne rien voir.

     Qu’ils aillent se faire voir.

     Souvent je me sens être le voyant dans le royaume des gens éteints.

     Je m’éclaire tout seul pour trouver mon sentier.

     Mon faisceau illumine mon chemin comme si ma vie était tracée sur un parchemin.

     Je ne viens de rien et je ne cherche rien.

     Le soleil éclaire tout ici.

     Chacun regarde pour un instant, et puis lévite dans l’espace-temps.

     La plupart ici-bas grognent leur trépas.

     Ils font comme si ça n’existait pas.

     C’est ce grand pas vers le trépas qui devrait emplir de joie.

     Le temps de vie est compté, mais par qui ?

     Mystère indéchiffrable.

     Je vis les yeux grand ouverts pour bien voir où je suis,

     car là où je vais, je devrais d’une manière ou d’une autre quand-même le raconter.

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 Loin des clichés je déambule

      Loin des clichés je déambule.

      Comme chacun je me complais dans ma bulle.

      Avec le néant à l’horizon, j’avance tel un minuscule géant dans le métronome du temps.

      En m’ajustant dans les formes, je me fais l’ami des normes.

      Loin des paillettes, la vie je guète et ici, chez moi, je me sens comme un roi.

      Dans un monde chiffré, je tente de m’y retrouver, avec une dose de liberté.

      Loin des autoroutes, je vis et 

      La poésie n’est pas cotée en bourse.

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◊ Il est dit nulle part

     Il est dit nulle part que qui se soit peut prétendre quoi que ce soit.

     Et à part ça, il y a quoi ?

     Il y a des tas de voitures qui roulent sur des tas d’autoroutes.

     Et puis il y a plein de grands magasins avec plein de choses à acheter.

     Tant de bonnes choses à consommer.

     Vous pouvez encore même vous y créer un look et si ça marche même un book.

     Un bon cliché de supermarché pour vous

     Vos mensurations seront prises en considération.

     Si vous détenez de bonnes tailles, le reste sera un détail.

     Votre sourire sera aussi brillant qu’une brosse à dents.

     Avec ça vous aurez le langage qu’il faut où il faut, comme il faut.

     Vous obéirez comme il faut et pour les portions alimentaires vous ferez le nécessaire.

     Pour rêver, il vous restera le cinéma.

     Pour parler de tout ce que vous ne pouvez jamais dire à personne, il n’y aura rien ni personne.

     Un périple sur terre est éphémère, et on ne peut rien y faire.

     Voici venue l’époque où rien ne va plus, où tout va mal.

     C’est justement à ce moment que je veux célébrer encore plus et toujours.

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◊ L’occident a inventé un monde parfait

     L’occident a inventé un monde parfait.

     Ce qu’on y fait est calcul.

     Les hommes étant là, ne se demandent pas pourquoi.

     D’où vient la division des nations.

     Pourquoi vendre des armes aux ennemis et puis vouloir y faire la paix ?

     Au nom d’un dieu, comment anéantir tant d’enfants ?

     L’homme depuis la nuit des temps n’est pas conscient !

     La vie est si fragile déjà, alors la terreur ?!

     Les humains sont lâchés dans l’enfer qu’ils ont créé.

     Quelle machine infernale !

     Quelle interminable dédale !

     Les yeux ne regardent pas la fine lumière qui les éclaire !

     Le cœur n’écoute pas l’être …. de la vie qui bat.

     Comme à l’école, vous ne m’aurez pas Messieurs les adultes de ce monde surfait depuis votre enfance.

     Quelle fascination, cette image à laquelle je n’adhère pas.

     Faire sauter la planète, elle n’y est pour rien !

     On n’est qu’une espèce parmi d’autres, c’est quoi vos apôtres ?

     Renier tout l’amour qui est potentiel en chacun de nous.

     Le paradis est ici mais vous ne le voyez pas !

     Des milliards sauveraient des démunis et le milliard que nous sommes profite d’un monde privilégié

     où les autres sont exclus.

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 Souvent on fait comme si

     Souvent on fait comme si.

     Et comme si c’était comme ça.

     On dit oui quand on pense non.

     C’est un monde à l’envers où il faut avoir l’air.

     Il faut sembler en forme quand le monde vous déforme.

     Ne jamais dire ce que l’on pense !

     Jusqu’à en crever.

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◊ Bientôt

Bientôt, chacun aura son policier portable.

Monsieur sortira de chez lui et pourra circuler en toute liberté.

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◊ Chaque matin

Chaque matin est comme un renouvèlement . . . une redécouverte.

Un bain d’oxygène, sans gêne. 

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 Imaginez une histoire

Imaginez une histoire de quelqu’un sans histoire.

Quelqu’un qui se raconte des histoires mais qui ne le raconte à personne.

Quelqu’un qui est connu dans cette histoire mais qui l’ignore.

Ne me racontez pas d’histoires, je n’y comprends rien.

Avec vous, je ne veux pas d’histoires.

Alors elle est belle cette histoire ?

Simple comme une histoire à raconter.

Une histoire à garder pour soi et à ne pas dévoiler.

Imaginez une histoire sans histoire.

Une histoire de quelqu’un de notoire.

De qui on peut tout croire.

Qui n’est pas une bête de foire.

Qui referait l’histoire.

Alors imaginez une histoire . . . celle que vous voulez … que vous racontez . . .

et laissez-la se raconter pour la postérité.

Ainsi se créa l’histoire avec un grand H.

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◊ L’ESSENTIEL

     Il y a des gens qui mélangent tout.

     Ils confondent un peu tout.

     Rien n’est plus compliqué que d’expecter quoi que ce soit.

     Ils sont noyés dans le matériel.

     Souvent je me dis qu’il n’y a pas de ciel dans les gens.

     Le ciel qui est vaste, infini et sans limites.

     Comme l’esprit le ciel est un espace.

     Sans concept.

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Je désire

Je désire devenir moi à tous les étages.

Chaque jour je voyage dans tous les âges.

En tournant les pages de mon calendrier je tente de m’améliorer.

À toute page, une autre femme qui est là et qui repart à la nage.

Je souhaite rester tout ça à tout âge . . . j’ai brisé ma cage.

Du petit d’antan il reste tant, pour le conter j’en ai bien le temps.

Au fond de moi tout cela je me ménage.

On n’a pas besoin d’autorisation pour exister.

Personne ne nous a appris à respirer.

À présent c’est moi qui décide du scénario.

Je vis à côté de moi et le monde cohabite juste à côté de moi.

Quelle femme rêveuse et aimante croisera mon chemin sans craindre le lendemain ?

L’enfant en moi gère le combat et le succès ne vit que sur la durée.

Je suis comme une éponge, qui flotte de songe en songe . . .

À quel rocher s’arrêter ?

Où est ma sirène ?

Je ne sais plus et alors ?!

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                                                                                                Toi

Oser vivre l’enfance ensemble.

Déposer nos armures pour se rencontrer sans rature.

Poser un discret regard sur les dorures de tes yeux et y voir brûler le feu.

Causer pour en silence se retrouver.

Fée céleste, chacun de tes gestes m’éblouit et tu es si épanouie.

Ton absence aiguise mes sens qui reposent dans l’enfance.

Ton sourire unique au monde est un soleil dans la nuit.

Ta voix de cristal me fait mal.

J’y entends tout le mal qu’on t’a fait… grandie tu es…

Intimidé et bouleversé de toi je ne pourrai me débarrasser.

Embrassé par ton regard, touché par ta grâce à jamais, 

je suis impatient de redire des bêtises pour te voir rire encore et encore."

 

                          MARC GUTLERNER

                                                     

 ♦ Marc Gutlerner. Maux (mots) choisis. (Otto édition, 2010, réédition, 2012) : extraits.

 ♦ Marc Gutlerner. Carnets manuscrits : extraits. 

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